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Groupe Culture et Mondialisation : RÉ FLEXIONS en cours....


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CULTURE  DIVERSITÉ  MONDIALISATION : Jacques Defert -  Arles  le 17 Décembre 2006

LES PRATIQUES  CULTURELLES et L'ÉDUCATION POPULAIRE : Chantal Dahan et Denis Adam - Le  27 avril 2005.

VIOLENCE et CULTURE : Pierre-Jean Memmi.

"CE QUI NOUS FAIT SOUCI " Cultures  /  Violence / Mondialisation : Jacques Defert  -  Arles  le 5 mars 2007

LA CULTURE EST UNE INVENTION GRECQUE…:  Platon, Cicéron, Hadot, Deleuze, Foucault, Pelloutier

 


 

CULTURE  DIVERSITÉ  MONDIALISATION : Quelques rapides réflexions et questions proposées en partage

Le thème de la « diversité culturelle », issu de l'anthropologie, fait aujourd'hui l'objet d'un large engouement, dans les discours institutionnels internationaux qui s'y réfèrent, comme dans les médias qui en amplifient l'écho, sans qu'on puisse vraiment dire si tout le monde parle bien de la même chose..

Cette notion prolonge en quelque sorte les notions de « patrimoine culturel » et d'« identité culturelle » dont l'usage s'était généralisé beaucoup plus tôt, au point que ces trois concepts sont aujourd'hui souvent étroitement associés et parfois confondus.

Pour cette raison, il pourrait être intéressant de commencer par mener une réflexion centrée sur cette notion à la mode afin d'amorcer une série de débats interrogeant les liens entre culture, diversité et mondialisation...

Avant même de situer cette notion de « diversité culturelle » dans son rapport à la globalisation, au flux généralisé d'informations et de marchandises, à la migration des hommes, des symboles, des images et des idées et aux crispations identitaires qui leurs sont liées, on pourrait commencer par constater que ce thème de débat est en train d'en supplanter d'autres, qui nous ont pourtant occupé pendant des décennies, notamment celui de la « démocratisation de la culture »....

En devenant les leitmotivs d'une époque, ces grands thèmes de débat, qui recoupent pourtant d'importantes questions de société, semblent instrumentalisés de telle manière que leurs vrais enjeux s'en trouvent brouillés, avant d'être discrètement remplacés par d'autres thèmes.

Les enjeux de la démocratisation de la culture, même enlisés dans la faillite des grands récits idéologiques, l'essoufflement des utopies et le vague sentiment d'un échec, ne sont ils plus d'actualité... 

La mondialisation et la crainte diffuse d'uniformisation culturelle qui lui est associée semblent avoir jeté un comme un discrédit sur les valeurs humanistes et universalistes qui sous-tendaient encore un idéal tel que celui de « démocratisation de la culture ».

On peut noter que par contraste le thème de la défense de la diversité culturelle, qui a inspiré la Déclaration Universelle adoptée par l'Unesco, semble un idéal beaucoup plus défensif et ambigu. On notera aussi que dans le discours politique français ce thème de la diversité culturelle a d'ailleurs pris le relais de la défense de l' « exception culturelle française », prenant de ce fait une certaine couleur  locale.

On ne peut que s'inquiéter de cette posture défensive, car on ne cherche à préserver que ce qui est déjà en train de disparaître du tissu social et des réseaux d'échanges. Une culture ne se préserve pas, elle se construit et se recrée sans cesse, dans une dynamique de projets partagés.

Pour clarifier le débat il serait sans doute utile de reprendre un certain nombre de notions fondamentales et de débrouiller des sédimentations de sens et d'usages qui ne sont jamais neutres.

Rappeler ce qu'est une culture, c'est rappeler qu'il ne peut y avoir de culture sans échanges.

C'est rappeler aussi que les dynamiques d'échanges entre les hommes, si elles ont toujours nourri d'innombrables processus de diversification et de création culturelle, sont aussi des dynamiques de conflit qui tendent à menacer cette diversité.

Dans nos représentations, la diversité culturelle est systématiquement opposée à l'uniformisation culturelle que véhiculerait la mondialisation.

Or l'idée qui consiste à idéaliser la diversité culturelle pour la prôner comme un recours contre la mondialisation et l'uniformisation du monde, peut sembler simpliste et même dangereuse. Tout dépend du projet dans lequel elle s'inscrit et des contenus dont elle se réclame.

Pour cette raison, on peut d'ailleurs préférer au terme de « diversité culturelle » la notion de « dynamiques culturelles », pensées comme l'expression de projets collectifs fédérateurs, fondateurs de libertés individuelles... 

Il y a déjà eu par le passé diverses phases de mondialisation ou de logique d'empire, qui n'ont jamais fait disparaître la diversité culturelle, bien au contraire, mais faut il considérer la globalisation actuelle comme inédite dans sa forme et ses conséquences ?

Dans un contexte mondial où toutes les sociétés sont désormais en situation de communication matérielle et intellectuelle les unes avec les autres, les rapports d'échange et d'interdépendance deviennent de plus en plus déterminants, mais peut-on considérer qu'ils entraînent une mutation généralisée et uniforme des attitudes et des visions du monde héritées du passé ?

En d'autres termes, faut-il relativiser cette mutation et considérer la mondialisation contemporaine comme l'une des innombrables figures, provisoires, de cette diversité civilisationnelle ?

Faut-il au contraire considérer la globalisation comme la manifestation d'une dynamique hégémonique radicalement nouvelle et typiquement occidentale, devenue irréversible ?  

Ou comme le produit d'un vaste brassage des cultures locales destiné à les absorber toutes progressivement dans un processus d'hybridation généralisée ? 

Ces questions préoccupent beaucoup nos concitoyens dans un contexte marqué par la crise de l'Etat-nation, la perte des repères culturels traditionnels et la montée des conflits identitaires.

La question de la diversité culturelle pourrait donc constituer l'axe central de réflexions et de débats concernant la culture et les conséquences culturelles de la mondialisation.

D'autant qu'on pourrait en profiter pour se demander si la défense de la diversité culturelle n'est pas en train de fournir l'alibi rêvé de nouvelles formes d'instrumentalisation de la culture ? 

Jacques Defert   Arles, le 17 12 2006

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LES PRATIQUES  CULTURELLES et L'ÉDUCATION POPULAIRE  

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Aborder l’éducation populaire par le biais des pratiques culturelles des jeunes, par ces formes d’expression que les institutions disent émergentes, révèle assez bien la nécessité d’un changement de regard, d’approche. À commencer par les termes eux-mêmes, qui nécessitent d’être précisés, si ce n’est redéfinis. Qu’entendons-nous en effet par « culture » ? Au sens premier, ce terme nous renvoie à la capacité de l’homme de faire un travail de transformation, d’évolution, afin de s’extraire, de s’élever au-dessus ou au-delà de sa condition naturelle : il se cultive donc s’humanise. L’anthropologie affirmera ainsi que tout ce qui relève de la création humaine appartient à la culture des mœurs, à la manière de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se déplacer...

À côté de ce sens large, qui semble réunir tous les hommes dans cette capacité à la création et au développement, au travail sur eux-mêmes et à l’évolution, un sens plus restreint de la notion de culture vient marquer ce qui sépare, ce qui distingue, ce qui permet à la fois de donner des signes forts d’une identité et de poser les frontières de la différence.

Ainsi deux groupes humains vont pouvoir se différencier par certains traits culturels, alors que, dans le même temps, les individus s’identifient à leur groupe d’appartenance par ces mêmes traits culturels. De là à imaginer une hiérarchisation entre les cultures, à considérer « ma » culture comme supérieure à celle de l’autre et à vouloir selon « mes » intentions lui en interdire l’accès ou le hisser jusqu’à elle, le pas est facilement franchi.

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L’accès à la culture pour tous

L’accès aux savoirs et particulièrement à l’art, tant par la fréquentation que par la création, n’a pas connu le même traitement selon les époques. Avec les Lumières et le début d’une réflexion sociale se posent à la fois la question de la reconnaissance « des » cultures et celle de l’accès de tous à l’universel.

On sait le temps qu’il a fallu pour passer de l’idée à sa réalisation, pour poser le principe de l’accès à tous, au minimum de la connaissance, par la lecture et l’écriture, en rendant l’école gratuite, laïque et obligatoire, à la fin du XIXe siècle.

Ce n’est qu’à partir du Front Populaire que de réels liens forts entre l’éducation populaire et la culture se nouent. Ils seront renforcés par le recrutement des instructeurs nationaux et la mise en place des stages culturels à partir de la Libération.

L’éducation populaire se situe dans l’émancipation individuelle et collective. Il s’agit donc pour elle de mener en permanence son action de transformation dans la double dimension de l’individu et du groupe, du citoyen et de la société. Elle s’inscrit aussi dans la construction des savoirs, dans l’expérimentation et la découverte. La recherche esthétique est toujours présente dans sa démarche et s’articule avec sa volonté de situer l’homme comme un être doué d’une intelligence sensible, d’une capacité à s’exprimer, d’un libre arbitre et des moyens de transformer le monde dans lequel il vit et construit sa place. Ainsi s’articule pour l’éducation populaire la dialectique de l’art et du social.

Les éducateurs ont progressivement abordé la nécessité d’étendre l’accès aux savoirs à d’autres formes d’expression sensible, au travers de la fréquentation des œuvres et de la création. La démarche d’éducation populaire a souvent su trouver dans ce domaine la possibilité de mettre en œuvre ses pédagogies et de marquer son originalité éducative, à côté et, souvent, en complément de l’école.

Rapidement, culture populaire et éducation populaire vont se rapprocher, se croiser, cohabiter et se superposer. La rupture vient davantage de la création du ministère de la Culture confié à Malraux et de la rapide partition (dès 1959) entre la démarche artistique exclusive privilégiant la rencontre d’oeuvres qualifiées d’universelles avec le public, sans aucune médiation, afin de permettre le « choc esthétique », et une démarche plus éducative considérant la démarche artistique comme constitutive de l’émancipation individuelle et collective.

Cette rupture se situe donc sur deux plans : idéologique et structurel. En inscrivant l’action de son tout nouveau ministère des Affaires culturelles en opposition à toute démarche éducative, André Malraux impose le clivage entre deux conceptions de l’approche artistique et culturelle, et creuse un fossé entre ce qui relève des grandes œuvres d’art, de l’humanité, et ce qui ne l’est pas : les expressions « mineures », le socioculturel et les pratiques amateurs, l’amateurisme. Avec le souci d’élever tout homme vers cette forme supérieure de l’humanité qu’est l’art, et en privilégiant le choc esthétique, il se fait le chantre de la démocratisation culturelle. Depuis, elle n’a jamais été abandonnée.

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Aujourd’hui

Le paradoxe de la démocratisation culturelle est aujourd’hui patent. Malgré les moyens importants mis en œuvre, les propres chiffres du ministère de la Culture indiquent qu’une minorité, toujours la même, fréquente et consomme les biens culturels. Ces données statistiques interrogent. Elles ne me semblent pas bien en phase avec l’émergence de multitudes d’actions et d’activités dans les quartiers, dans les villages, souvent portées par le tissu associatif et des équipes artistiques.

Plus que l’échec de la démocratisation culturelle, c’est le glissement vers d’autres pratiques, vers d’autres lieux qui ne sont pas pris en compte par le ministère de la Culture (globalement ces évolutions sont assez peu analysées par qui que ce soit, seules les « nouvelles pratiques des jeunes », c’est-à-dire le hip-hop pour simplifier, font l’objet de l’observation récente de nombreux chercheurs). Ce changement en introduit d’autres. Le regard posé sur l’amateurisme comme étant nécessairement la première étape d’un parcours vers la professionnalisation, avec la hiérarchie de valeurs que cela implique, est en train d’évoluer fortement. De même les rapports créateur / diffuseur, artiste / public ou les classements en disciplines étanches se transforment et modifient la construction d’une réflexion et d’une compréhension des phénomènes et des pratiques culturelles.

L’utopie de l’éducation populaire n’a pas beaucoup mieux résisté au temps. L’institutionnalisation des structures associatives, l’inscription dans des politiques d’offre, la transformation de la culture en produit de consommation, les bouleversements sociaux ont souvent fait perdre le sens de la démarche initiale d’émancipation individuelle et collective.

Bien des actions visent la réparation sociale, l’intégration et la prévention des risques de violence et de délinquance. Là encore les pratiques artistiques sont souvent sollicitées. Elles contribuent à donner ou à construire une image positive de la jeunesse, mais s’attachent souvent davantage au paraître et au court terme, plutôt que de s’inscrire dans la recherche de la qualité et de la pérennité.

Pourtant force est de constater que nombre de nouveaux conseillers d’éducation populaire et de jeunesse (CEPJ), même non spécialisés, puisent dans le domaine des pratiques culturelles (et plus particulièrement dans celles dites « émergentes ou actuelles ») la dynamisation de leur travail d’accompagnement, de conseil et d’expertise auprès d’individus, de groupes et d’associations, tout comme au niveau des politiques éducatives locales.

Le développement de pratiques en dehors des lieux institués pose la question même du rôle de l’art. Considéré comme la forme la plus élevée de la création humaine, l’art ne peut tendre que vers un idéal sacralisé avec lequel l’homme serait sommé d’entrer en communion. Hors de ses temples - même s’ils sont ouverts et à l’air libre - acoquiné à des revendications sociales, l’art devient suspect de récupération, d’instrumentalisation. Une « troisième voie » doit pouvoir naître, où la pratique de l’art n’est ni neutralisée par sa muséification instantanée, ni réduite à une méthodologie utilitariste à finalité sociale. Au-delà du geste artistique, de l’œuvre elle-même, ce qui nous semble déterminer une pratique, c’est son mode de présentation, de présence au monde, qui fait acte et lui donne sens.

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Des pistes pour les mouvements d’éducation populaire

Ces changements de perspective interrogent forcément les éducateurs et les mouvements d’éducation. Si nous constatons, plus que l’échec de la démocratisation culturelle, l’inefficacité des réponses traditionnelles et structurelles, de nouvelles réponses doivent pouvoir émerger, conduites par ceux qui dans leurs démarches originales peuvent puiser les ressources pour faire autrement. L’éducation populaire peut être une de ces sources d’innovation.

C’est le terme d’accompagnement qui semble alors le plus pertinent : accompagner c’est cheminer avec. Cela implique donc davantage un compagnonnage qu’une guidance. Il ne s’agit pas d’imposer a priori l’itinéraire mais bien plus de se mettre d’accord sur un but à atteindre ensemble et de construire en commun le parcours qui y mène. Accompagner l’autre sur le chemin culturel implique de reconnaître qu’il a une culture, qu’il n’y a pas d’homme sans culture.

Dans cette logique, il revient à une démarche d’éducation populaire d’inscrire sa mission selon trois axes forts : la reconnaissance, la qualification et la valorisation.

Tout d’abord, il lui revient de reconnaître les formes de pratiques artistiques et culturelles qui ne le sont pas ailleurs. Il en va ainsi des expressions nouvelles, novatrices ou émergentes mais aussi d’approches plus traditionnelles relevant des cultures populaires (par leur forme, leurs acteurs, leur public...). Pour ce faire, les services jeunesse, les associations et fédérations d’éducation populaire ont besoin de personnels formés mais également ouverts à des formes d’arts variées et souvent inscrites dans la pluridisciplinarité. Ces personnels doivent ainsi avoir la capacité de reconnaître, parmi les formes d’expression culturelle d’aujourd’hui, celles qui appartiennent à la catégorie des cultures populaires et qui peuvent recouvrir plusieurs réalités :
-  les cultures traditionnelles, comme le folklore ;
-   les cultures des classes sociales défavorisées, telle la culture ouvrière ou paysanne ;
-   les cultures de masse, dont la télévision ;
-   les cultures marginales et alternatives.

Les réalités évoquées ici sont à prendre en compte sans exclusive ni exclusion. Ces cultures sont en perpétuelle évolution. Leurs lieux ne sont pas forcément les lieux culturels reconnus comme tels. Leurs pratiques peuvent relever davantage de la sphère privée et individuelle que de l’espace public et de l’action collective.On doit être formé à la complexité de leur approche et de leur identification. S’en priver signifierait qu’on renonce à comprendre la construction de ces pratiques, et donc qu’on reste sur des discours et des actions décalées.

Ainsi se pose autant la question des lieux de regroupement (les cafés, les squats, le garage ou la cave transformés en « studio de répétition »...) que celle des moyens de diffusions grand public (les radios, les télévisions) ou des espaces de créativité (les jeux de rôle, Internet...).

Une fois identifiée, cette culture mérite d’être valorisée, c’est-à-dire reconnue comme ayant une valeur en tant que telle. Cette étape pose les limites du non négociable : reconnaître ne signifie pas partager. Au-delà du respect de la culture de l’autre, il est également indispensable de poser des incontournables, une sorte de plus petit dénominateur commun qui ne peut être remis en cause : les droits de l’homme, l’égalité homme / femme, le refus du racisme... Dans le même temps, il convient de reconnaître le caractère intrinsèquement transgressif de l’acte créateur, la charge subversive que peut (doit ?) avoir le geste artistique, et de ne pas enfermer les pratiques dans les limites d’un consensus posé a priori. Les modes d’expression artistiques sont aussi les lieux symboliques, voire physiques, du dépassement des limites permises. Ce dépassement, communément admis dans les cultures « nobles », se voit trop souvent frappé d’interdiction lorsqu’il a lieu dans les cultures populaires, redoublant symboliquement les inégalités sociales (ainsi, aux classes dominantes la violence de Bataille ou de Sade, aux pauvres les cours d’instruction civique et les programmes de télévision expurgés).

Les pratiques artistiques et culturelles amateurs nécessitent d’être reconnues dans leurs dimensions esthétiques et sociales, aidées dans leur diffusion et dans le développement des structures qui les portent. L’organisation de festivals, le soutien aux associations, la programmation d’événements culturels sont autant de contributions à cette valorisation. Là encore, la reconnaissance de la qualité des personnels de la jeunesse et de l’éducation populaire contribue à améliorer l’image de ceux qu’ils aident et accompagnent.

Aujourd’hui l’enjeu est de repenser entièrement la notion de pratique artistique amateur et en particulier à bâtir une définition déconnectée de l’aspect professionnel, considérant que, plutôt que deux aspects qui s’opposent ou se succèdent, ce sont deux choses différentes qui peuvent - au mieux - se compléter. Ainsi leurs modes de création, de production, de diffusion et leurs rapports aux publics sont différents, parce que leurs buts, leurs visées, leurs finalités le sont aussi. Il y a là tout (ou presque) à inventer et à faire vivre. La difficulté est évidente. C’est pourtant le moyen de sortir de l’opposition stérile qui fait systématiquement s’affronter amateurs et professionnels.

Enfin la qualification permet l’évolution, la progression, l’enrichissement. Puisqu’il y a eu reconnaissance et valorisation, ma culture peut s’affirmer, mais aussi s’enrichir au contact de celle de l’autre. Cette étape conduit à ne pas enfermer, mais à ouvrir vers d’autres formes d’expression afin de permettre de nouvelles rencontres, de nouvelles appropriations. À la notion de métissage, nous préférons celle de tissage culturel. Il y a en germe derrière le terme de métissage un risque de hiérarchisation, d’idéologie raciste (le métis est relui qui est de « races mélangées et donc moins pures ») ; la culture métissée pourrait alors apparaître comme agréablement exotique mais inférieure à la culture pure, noble, élitaire. Le tissage implique plusieurs fils de même importance et c’est la diversité des coloris qui permet la richesse du tissu obtenu. La même réflexion peut être faite dans le cas du mélange disciplinaire. Ne pas rester enfermé dans le cadre étroit d’une seule discipline ne signifie pas que l’artiste, le créateur, le pratiquant doivent devenir polyvalents mais davantage que le tissage naîtra de la rencontre de plusieurs spécialistes capables de s’ouvrir, de se comprendre et de cheminer ensemble. D’autres pistes sont certainement possibles...

Chantal Dahan et Denis Adam, chargés d’études et de formation, Pôle culture de l’INJEP  - Le mercredi 27 avril 2005.

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VIOLENCE et CULTURE  

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1) La violence comme symptôme de la crise des valeurs et des institutions de nos sociétés contemporaines.

a: il n'y a pas de violence nouvelle mais un renouvellement de ses modalités d'expression et surtout de représentation: sociétés et technique moderne ont une violence à leur mesure.

b: d'où: de la société du spectacle à la spectacularisation de la violence: la violence imperceptible des médias, la violence médiatisée par ses propres auteurs (Internet, téléphone portable etc...) et la remédiatisation de la violence comme les trois faces, pourtant antagonistes au point de vus socio-politique, d'une même spectacularisation

 c: donc: la violence comme forme exacerbée d'un discours privé de sa parole et, paradoxalement, comme instrument privilégié du spectacle: la violence comme expression du désespoir, réappropriation mortifère d'une figure de la reconnaissance: de "Fight club" à la crise des banlieux... et médiatisation de cette violence, non dans ce qu'elle a de désespéré, mais comme purement destructrice, c'est-à-dire privée de sa dimension discursive: la violence ne dit rien mais n'est que terroriste et donc doit être écrasée, karsherisée...  

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  2) De l'instrumentalisation de la violence comme figure de relégitimation d'une autorité en crise.

a: la nouvelle génération est-elle violente par nature, en raison d'une "fluctuation génétique quelconque", ou socialement déterminée à le devenir? bref, nait-on violent ou le devient-on?

b: y a t-il un problème de la violence ou un problème de l'autorité: est-ce une violence émergente qui est cause de la crise de l'autorité ou une délégitimation de l'autorité qui génère l'émergence de la violence?

c: si la crise sociale et politique est constitutive de l'émergence de la violence, les institutions n'ont-t-elles pas intérêt, face à leur propre échec, à instrumentaliser cette violence comme ultime procédure de légitimation?

d: l'instrumentalisation de la violence visible (crise des banlieux, violence urbaine, incivilités...) comme paravent de la violence "invisible" du système capitaliste et de ses institutions.

e: la violence des "sauvageons" au service de la violence du pouvoir? stigmatiser la montée de la violence urbaine pour mieux légitimer les dérives d'un pouvoir de plus en plus coercitif et d'une société, en ses valeurs mêmes, déshumanisante: le réconfort du bouc émissaire, du chien à qui l'on vient d'innoculer la rage.   

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3) De la violence mondialisée du marché au repli identitaire.

a: l'OMC contre les hordes barbares:quelques-uns pour tout, et tous pour rien...

b: de l'idéologie du marché mondial au marché des éthnies; le repli identitaire comme ancrage dans le vide sidéral des valeurs  et les tremblements de terre économiques; la violence désespérée de la racine contre la violence désertifiante du démembrement.

c: diversité culturelle et identité mercantile; le repli communautaire comme figure sectaire de la diversité.

d: pour un authentique cosmopolitisme?   

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4) De la violence du rationalisme formel au service des idéologies de pouvoir.

a: la violence technocratique.

b: la violence consumériste.

c: la violence des élites et des experts.

d: la violence sourde du professeur, du médecin, du banquier, de tous ces lieux de pouvoir qui s'approprient le discours: du bourgeois gentilhomme au malade imaginaire...

e: le repli mysologique dans l'irrationalisme: du gourou au chaman...

Pierre-Jean Memmi.

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"CE QUI NOUS FAIT SOUCI " Cultures  /  Violence / Mondialisation   

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Les mutations de la société contemporaine ont engendré un sentiment d'inquiétude général qui n'est cependant pas tout à fait nouveau. Dès 1929, Freud avait déjà de bonnes raisons de s'intéresser aux causes profondes de ce « malaise dans la culture » dont il pressentait les conséquences.

Il est vrai qu'aujourd'hui, de la précarisation de l'emploi au réchauffement de la planète, les motifs d'inquiétude ne manquent pas. Mais il semble qu'en se mondialisant, les problèmes auxquels nous sommes confrontés apparaissent surtout comme les produits d'un processus global sur lequel nous avons perdu toute prise.

En réponse à notre sentiment d'impuissance, la sinistrose ambiante tend à nous faire croire que discours et valeurs étant devenus interchangeables depuis l'effondrement des vieilles idéologies, il ne nous reste plus qu'à nous faire à la raison du narcissisme consumériste planétaire en oubliant les inégalités et les crimes qu'il génère. 

L'Université Populaire d'Arles, initiative ouverte et citoyenne, se propose de prendre en compte cette inquiétude pour lui restituer, dans le partage des questionnements, des savoirs et des idées, toute sa charge d'insatisfaction critique et de mobilité créatrice :

Inquiétude  face à la montée de la violence comme symptôme du recul des formes traditionnelles de socialisation, comme signe de la crise des valeurs et des institutions, comme emblème du triomphe de la société du spectacle médiatique.

Inquiétude devant les mécanismes culturels de la mondialisation, devant l'hégémonie de la loi du marché désormais affranchie de toute préoccupation morale et la soumission de toute réflexion politique au totalitarisme de la rationalité économique.

Inquiétude face au recours à de nouveaux substituts consolateurs, de la relégitimation des discours sécuritaires et des figures d'autorité, au refuge symétrique dans le communautarisme sectaire, le fondamentalisme politico-religieux et les identités retranchées. 

La culture, dont le contrôle est devenu l'enjeu des nouveaux réseaux de pouvoir et de domination,  est aussi le champ transversal à partir duquel tous ces processus peuvent être interrogés, décortiqués, démystifiés, en résonance avec leur incidence très concrète sur notre vie quotidienne et nos représentations du monde.

En s'intéressant à ces dimensions de la culture, l'Université Populaire d'Arles entend bien poser ainsi des questions de société plus larges : quelles sont les conséquences culturelles de la mondialisation, les processus de démocratisation de la culture ont ils échoué et pourquoi, quels sont les liens entre la violence, l'image et la consommation ?

Il s'agit d'inviter les « travailleurs soucieux » que nous sommes tous à approfondir ces questions pour mettre à jour les enjeux que les réponses trop tranchées ont justement pour fonction de masquer :

Opposer sans nuances la mondialisation uniformisante à la promotion de la diversité culturelle  consiste à nous faire oublier que la mondialisation a besoin de produire sans cesse de nouveaux produits, quitte à instrumentaliser la diversité culturelle à son profit, à la folkloriser et à la transformer en leurre.

Promouvoir les diversités culturelles comme un recours à l'échec de la démocratisation de la culture permet d'éluder l'analyse des mécanismes de reproduction des inégalités sociales, tout en ignorant les formes alternatives de création qui se jouent des conventions culturelles et des ghettos identitaires.

Imputer la responsabilité de la violence à l'image revient à dissimuler le rôle des violences invisibles, plus insidieuses que les violences qui empruntent le détour distancié du récit et de la symbolisation. 

En s'intéressant à la culture comme à un vaste terrain d'expérimentation où les inquiétudes individuelles nourrissent des imaginaires collectifs et fédèrent aux quatre coins du monde de multiples dynamiques d'appropriation, de branchements, de tissages et d'hybridations, l'Université Populaire d'Arles souhaite s'interroger sur nos capacités à élaborer encore des utopies partagées, susceptibles de prendre le relai  des  récits mythologiques et idéologiques maintenant oubliés ou décrédibilisés.

En se réclamant des initiatives multiples qui se donnent aujourd'hui pour objectif de favoriser l'émancipation individuelle et collective, l'Université Populaire d'Arles souhaite aussi expérimenter un dispositif de socialité et de réflexion adapté au contexte arlésien, avec l'idée que la liberté de la parole se construit nécessairement dans l'ouverture de la curiosité et l'exercice de la pensée.

 

Jacques Defert   Arles, le 5 mars 2007

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LA CULTURE EST UNE INVENTION GRECQUE… 

1) La culture est une invention grecque. Elle est d'abord "paideia" c'est-à-dire éducation, au sens où ainsi, l'homme travaille à sa propre excellence. Elle est une réponse du souci de soi, du soin de soin (epiméléthai éautou) qui est la philosophie en ces temps antiques, notamment chez Platon dans son Alcibiade. C'est-à-dire que la culture, en ses origines grecques, est Art de Vivre et gouvernement de soi par soi. Voilà pourquoi elle est un outil autant éthique que politique. Cicéron ne dira pas autre chose.

 2) Vient avec la période moderne, le divorce de l'éthique et du politique, à partir des premières intuitions machiavéliennes. Ici, le politique se dégénère en technique ; et l'éthique se rapport à une conduite privée séparée du rapport à la chose publique. Ce divorce explique d'une part la déchéance de la culture en ornementation bourgeoise séparée de la vie (les cafés philo...); et d'autre part la réduction du politique à la gestion des affaires courantes. Enfin, il consume la séparation du politique et du culturel.

3) Or, l'irruption dans la pleine modernité du rapport aux logiques de pouvoir qui devient toujours plus fractales et "délocalisées", l'éclatement et la polymorphie des procédures de contrôle et la dissolution de la puissance d'état au bénéfice de mille et une stratégies de contrôles organisationnelle ou d'autocensure (Deleuze), tout cela oblige à réintroduire au coeur même de l'expérience "privative" et intime de la culture comme éthique, la dimension d'un politique plus labile et fluant. De là, la nécessité de refonder la culture comme souci de soi, élaboration de soi et en même temps stratégie politique d'évitement ou de contournement, voire de subversion du pouvoir. De là l'urgence d'universités populaires qui soient lieu de culture de soi ET d'autrui, et de ce fait, en même temps enclave et poche de résistance devant la domination du politique.

Platon, Cicéron, Hadot, Deleuze, Foucault, Pelloutier

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